Stress avant un rendez-vous : comment transformer le trac en énergie utile ?
Dernière mise à jour : 25 août

Il reste dix minutes.
Dix minutes avant l’entretien. Le rendez-vous important. La réunion. L’oral. La prise de parole. Ou ce moment où vous avez simplement très envie que les choses se passent bien.
Et votre corps, lui, a manifestement décidé de participer.
Le cœur bat plus vite.
Les mains deviennent moites.
Vous avez peut-être chaud, puis froid.
Vous répétez mentalement ce que vous allez dire.
Et vous commencez surtout à vous donner un ordre :
« Calme-toi. »
Puis :
« Mais calme-toi, bon sang. »
Ce qui, curieusement, ne semble pas améliorer beaucoup la situation.
Alors peut-être que le problème n’est pas que vous êtes stressé(e).
Peut-être que le problème est l’objectif que vous vous donnez : ne plus ressentir de stress du tout.
Et si, juste avant un moment important, vous n’aviez pas besoin d’être parfaitement calme ?
Avoir le trac ne signifie pas que vous allez perdre vos moyens
Il y a une raison pour laquelle nous ressentons rarement la même activation avant de vider le lave-vaisselle que cinq minutes avant un entretien important.
L’enjeu compte.
Notre organisme se mobilise.
Le cœur peut accélérer, les muscles se tendre, l’attention devenir plus vive.
Ces sensations sont souvent interprétées immédiatement comme un problème :
« Je suis beaucoup trop stressé(e). »
« Je vais perdre mes moyens. »
« Ça commence mal. »
Pourtant, ressentir de l’activation ne signifie pas nécessairement être incapable d’agir.
Et c’est là que les recherches sur la réinterprétation du stress deviennent particulièrement intéressantes.
Dans plusieurs expériences portant notamment sur la prise de parole, le chant et des tâches évaluées, la chercheuse Alison Wood Brooks a comparé deux stratégies : essayer de se calmer ou réinterpréter son anxiété comme de l’excitation.
Les personnes encouragées à considérer leur activation comme de l’excitation abordaient davantage la situation comme une opportunité et obtenaient, dans certaines tâches, de meilleures performances que celles qui essayaient simplement de se calmer.
D’autres travaux ont également montré que présenter certaines réactions de stress comme fonctionnelles et utiles pour faire face à un défi pouvait modifier la façon dont les personnes vivaient une situation stressante.
Autrement dit :
le cœur qui accélère n’annonce pas nécessairement que tout va mal se passer.
Il peut aussi être le signe que votre corps se prépare à quelque chose qui compte.
Vouloir passer de 100 à 0 n’est peut-être pas le bon objectif
C’est probablement là que nous faisons une erreur assez classique.
Nous ressentons :
stress = 80
et nous voulons immédiatement obtenir :
stress = 0
Sauf qu’à trois minutes d’un entretien, ce n’est pas forcément réaliste.
Et surtout, ce n’est pas nécessaire.
Vous n’avez pas besoin d’arriver devant votre interlocuteur avec le niveau d’activation d’une personne qui vient de passer deux heures dans un hamac au bord d’un lac.
Vous avez besoin d’être suffisamment disponible pour :
écouter ;
réfléchir ;
répondre ;
regarder la personne en face de vous ;
retrouver vos idées ;
et rester connecté(e) à ce que vous voulez transmettre.
Il peut donc rester de l’énergie.
La question devient :
« Quelle partie de ce stress peut m’être utile, et quelle partie est simplement en train de m’encombrer ? »
Et c’est là que j’utilise un exercice que j’aime particulièrement.
L’exercice du contenant : garder l’énergie, déposer le surplus

Fermez les yeux quelques secondes si la situation le permet.
Ou gardez-les ouverts et imaginez simplement.
Devant vous se trouve un contenant.
N’importe lequel.
Une boîte.
Un coffre.
Un bocal.
Un sac.
Une grande malle.
Il n’a aucune propriété magique.
C’est simplement une représentation mentale.
Puis posez-vous une question :
« Dans tout ce que je ressens actuellement, qu’est-ce qui ne m’aide pas pour ce rendez-vous ? »
Peut-être :
« Et si je bafouille ? »
« Il faut absolument qu’ils m’apprécient. »
« Je ne dois surtout pas avoir l’air stressé(e). »
« Et si je ne trouve rien à dire ? »
« Je dois être parfait(e). »
« Ça va être une catastrophe. »
Imaginez que vous puissiez prendre chacune de ces pensées et les déposer dans le contenant.
Pas les détruire.
Pas prouver qu’elles sont fausses.
Simplement les laisser là pour le moment.
Vous pourrez parfaitement rouvrir la boîte après le rendez-vous si votre cerveau tient absolument à refaire une réunion stratégique.
Mais pas maintenant.
Là, vous avez autre chose à faire.
Cette image mentale n’est évidemment pas une technique médicale ni un moyen de « désactiver » biologiquement le stress.
Elle sert à créer un peu de distance avec ce qui encombre votre attention.
Cette logique rejoint d’ailleurs ce que certaines approches comme l’ACT appellent la défusion cognitive : apprendre à ne plus traiter automatiquement chaque pensée comme une instruction à suivre ou une vérité nécessitant une réponse immédiate.
Maintenant, choisissez ce que vous gardez
Et c’est la partie que je trouve la plus importante.
Parce que je ne vous propose pas de tout mettre dans la boîte.
Gardez :
l’énergie.
Gardez :
l’envie de bien faire.
Gardez :
l’attention.
Gardez éventuellement ce petit coup d’adrénaline qui vous rend plus éveillé(e), plus vif(ve), plus présent(e).
Puis dites-vous :
« Mon corps est mobilisé parce que ce moment compte. Je peux utiliser cette énergie. »
Pas :
« Je ne suis absolument pas stressé(e). »
Votre cerveau n’est pas idiot.
Mais :
« Je peux être stressé(e) ET capable. »
Cette phrase-là me paraît beaucoup plus crédible.
Puis remplacez la question
Lorsque nous sommes stressés avant un rendez-vous, notre attention se retourne facilement contre nous-mêmes :
Comment est-ce que je parle ?
Est-ce qu’ils voient que je suis stressé(e) ?
Qu’est-ce qu’ils pensent de moi ?
Est-ce que je donne une bonne impression ?
Et plus on s’observe, moins on est réellement présent à la situation.
Alors posez-vous une question complètement différente :
« Qu’est-ce que je veux apporter à ce rendez-vous ? »
Peut-être :
de la clarté.
de la curiosité.
de l’écoute.
de la compétence.
de la chaleur.
de la sincérité.
Choisissez un mot.
Un seul.
Puis laissez ce mot devenir votre direction.
Vous n’avez plus besoin de contrôler parfaitement ce que vous ressentez.
Vous avez simplement besoin de savoir comment vous voulez entrer dans la pièce.
La « Puissance Calme » n’est pas l’absence de stress
J’utilise parfois l’expression Puissance Calme pour décrire cet état.
Ce n’est pas un terme scientifique.
C’est simplement ma façon de nommer quelque chose que je trouve important :
être activé(e) sans être désorganisé(e).
Votre cœur peut encore battre un peu plus vite.
Vous pouvez encore sentir les fameux papillons.
Vous pouvez même avoir les mains légèrement moites.
Mais vous n’êtes plus occupé(e) à combattre votre propre corps.
Vous êtes de nouveau disponible.
Vos pieds sont au sol.
Votre attention est devant vous.
Vous savez ce que vous voulez apporter.
Et l’énergie est toujours là.
Simplement, elle ne conduit plus toute seule.
Un exercice de 2 minutes juste avant d’entrer

Si votre rendez-vous commence dans quelques minutes, retenez seulement ceci :
1. Reconnaissez l’activation.
« Oui, je suis stressé(e). Ce moment compte pour moi. »
2. Sortez mentalement le contenant.
Déposez-y ce dont vous n’avez pas besoin maintenant : les scénarios, la nécessité d’être parfait(e), les conversations imaginaires, la peur d’être jugé(e).
3. Gardez volontairement l’énergie utile.
Puis demandez-vous :
« Qu’est-ce que je veux apporter à cette rencontre ? »
Choisissez votre mot.
Et entrez.
Pas nécessairement parfaitement calme.
Présent(e).
Et lorsque vous avez besoin d’être guidé(e)

Le problème, évidemment, c’est qu’à six minutes d’un rendez-vous important, votre cerveau n’a pas forcément envie de se souvenir d’un article de blog de 1 200 mots.
C’est précisément pour ce moment que j’ai créé l’audio « Avant un rendez-vous stressant ».
Une séance guidée de 10 minutes à écouter juste avant un moment à enjeu.
L’objectif n’est pas de vous transformer en personne parfaitement détendue.
Je vous accompagne plutôt pour faire le tri dans l’activation, laisser symboliquement de côté ce qui vous encombre, retrouver une direction claire et arriver plus disponible à ce que vous vous apprêtez à vivre.
Cet audio fait partie de la Boîte à outils du Cercle Alphazen.
Parce que vous n’avez peut-être pas besoin de faire disparaître le trac.
Vous avez besoin qu’il arrête de prendre toute la place.
Sources
Brooks, A. W. (2014). Get Excited: Reappraising Pre-Performance Anxiety as Excitement. Journal of Experimental Psychology: General, 143(3), 1144–1158. Les expériences présentées portent notamment sur la prise de parole, le chant et la performance mathématique.
Jamieson, J. P., Nock, M. K. & Mendes, W. B. (2012). Mind over matter: reappraising arousal improves cardiovascular and cognitive responses to stress. Journal of Experimental Psychology: General, 141(3), 417–422.
Jamieson, J. P. et al. (2018). Optimizing stress responses with reappraisal and mindset interventions: an integrated model. Anxiety, Stress & Coping.
L’exercice du contenant proposé dans cet article est un exercice d’imagerie mentale et de prise de distance. Il n’est pas présenté comme un protocole médical ou comme une technique ayant démontré à lui seul une amélioration des performances.
FAQ
Est-il normal d’avoir le cœur qui accélère avant un rendez-vous ?
Oui, une situation à enjeu peut s’accompagner d’une activation physique. Cela ne signifie pas nécessairement que vous allez perdre vos moyens.
Faut-il essayer de faire disparaître complètement le trac ?
Pas nécessairement. Certaines recherches suggèrent qu’interpréter l’activation comme une énergie mobilisable peut être plus utile que chercher uniquement à se calmer.
Que faire cinq minutes avant un rendez-vous stressant ?
Identifier ce qui vous encombre, le déposer symboliquement, puis choisir ce que vous voulez apporter à la rencontre : écoute, clarté, curiosité ou présence.


