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Autisme adulte et alimentation : sensorialité, routines et poids

il y a 5 heures
6 min de lecture
Bento vert avec poulet tranché, quinoa, brocoli, carottes, pois mange-tout, myrtilles et kiwi sur table en bois.

Vous mangez souvent les mêmes choses. Pas par manque d'imagination : parce que ces aliments-là sont sûrs. Leur texture ne vous surprendra pas, leur odeur ne vous agressera pas. Le reste, une sauce inattendue, un morceau mou dans une purée, une cantine bruyante, peut suffire à vous couper l'appétit, ou au contraire à vous faire foncer sur ce qui rassure.

Si vous êtes autiste, ou si vous vous posez la question, et que votre poids vous préoccupe, cet article ne vous demandera pas de « varier votre alimentation » du jour au lendemain. Il part de votre fonctionnement, pas de celui qu'on attend de vous.

En bref : Les adultes autistes sont un peu plus souvent en situation d'obésité, et leur rapport à la nourriture est fortement lié à la sensorialité, aux routines et à une perception parfois différente des signaux du corps. Le risque de troubles alimentaires y est aussi plus élevé : les régimes stricts sont donc à éviter. Ce qui aide : partir de vos aliments refuges, soigner l'environnement des repas, et vous appuyer sur des routines choisies.

Les adultes autistes prennent-ils plus de poids ?

Un peu plus souvent, oui. Une grande étude américaine a comparé l'état de santé d'environ 1 500 adultes autistes à celui de 15 000 adultes non autistes : l'obésité concernait 34 % des adultes autistes, contre 27 % des autres (Croen et al., 2015). Une méta-analyse internationale trouve un ordre de grandeur proche (Li et al., 2020).

La même étude relevait aussi beaucoup plus d'anxiété et de dépression chez les adultes autistes. Ce n'est pas un détail : le stress chronique, la fatigue sociale et la surcharge pèsent directement sur la façon de manger.


Pourquoi les textures et les odeurs comptent-elles autant quand on est autiste ?

Pour beaucoup de personnes autistes, manger est d'abord une expérience sensorielle intense : la texture, la température, l'odeur, la couleur, le bruit en bouche, et même le bruit autour de la table.

C'est souvent là que naissent les aliments refuges : des aliments prévisibles, toujours identiques, qui apaisent. Ils sont précieux. Le problème survient quand ils sont presque tous très transformés, sucrés ou gras (les produits industriels ont l'avantage d'avoir toujours exactement le même goût), ou quand ils deviennent le seul moyen de récupérer après une journée éprouvante.

Pour comprendre ce qui se joue dans les moments de saturation, lisez aussi Surcharge sensorielle.


Les personnes autistes sentent-elles moins la faim ?

Certaines, oui. Les études suggèrent que des personnes autistes perçoivent différemment leurs signaux internes (faim, satiété, soif, fatigue), ce que les chercheurs appellent l'intéroception, même si les résultats varient selon la façon de les mesurer (méta-analyse de 2023, Journal of Autism and Developmental Disorders).

Une étude récente menée auprès de près de 400 adultes montre que le fait de mal percevoir ses signaux internes va de pair avec une alimentation plus atypique et davantage de symptômes de troubles alimentaires, chez les personnes autistes comme chez les autres (Westwood, Mandy et Brewer, 2025). Concrètement : ne pas sentir sa faim, ou ne pas sentir qu'on a assez mangé, ce n'est pas un manque d'attention. C'est parfois une question de perception.


Les routines alimentaires sont-elles un problème ?

Non, elles sont d'abord une ressource. Elles apportent de la prévisibilité, donc du calme, et on peut s'appuyer dessus pour prendre soin de soi : mêmes horaires, mêmes lieux, mêmes rituels.

Mais une routine peut aussi s'installer autour d'un aliment ou d'un moment qui ne vous fait pas du bien : le paquet de biscuits après le travail, toujours le même, toujours à la même heure. La bonne nouvelle, c'est qu'on ne casse pas une routine : on la remplace par une autre, aussi prévisible, choisie cette fois.


Femme en pull vert verse des flocons dans un bol, dans une cuisine moderne lumineuse, avec lait, fruits et ambiance douce.

Autisme et troubles alimentaires : quel risque ?

Un risque nettement plus élevé, et c'est ce qui rend les conseils minceur classiques dangereux pour les personnes autistes.

  • L'anorexie : selon les études, 4 % à 52 % des personnes souffrant d'anorexie présentent des traits autistiques marqués, avec une moyenne autour de 23 % (Westwood et Tchanturia, 2017).

  • L'ARFID (trouble de l'alimentation évitante ou restrictive, souvent lié aux sensations) concerne environ une personne autiste sur dix, d'après une méta-analyse récente portant surtout sur des enfants (Sader et al., 2025).

  • Chez les femmes autistes, une revue de la littérature relève des niveaux d'alimentation perturbée comparables à ceux de femmes ayant un trouble alimentaire (revue publiée en 2022 dans l'European Eating Disorders Review).

Voilà pourquoi un régime strict, avec interdits, comptage et restriction, est une mauvaise idée quand on est autiste. Si votre rapport à la nourriture vous fait souffrir, consultez un professionnel de santé et précisez-lui que vous êtes autiste : cela change la façon de vous accompagner. Les Centres Ressources Autisme peuvent vous orienter vers des professionnels formés.


Comment prendre soin de son poids quand on est autiste ?

Sans régime strict : en partant de vos aliments refuges, en soignant l'environnement des repas et en vous appuyant sur des routines choisies.

  • Ajouter plutôt qu'enlever. Gardez vos aliments refuges et ajoutez, à côté, un aliment proche par la texture ou le goût. Les spécialistes des difficultés alimentaires sensorielles procèdent souvent ainsi, par petits pas d'un aliment connu vers un aliment voisin.

  • Soigner l'environnement des repas. Un lieu calme, une lumière douce, un casque si besoin, le droit de manger seule. Un repas pris dans le bruit est un repas où l'on mange vite, sans rien sentir.

  • S'appuyer sur une routine choisie. Des horaires fixes et quelques repas de base, toujours les mêmes, qui vous nourrissent vraiment. La prévisibilité est votre alliée.

  • Séparer récupération et nourriture. Après une journée de surcharge, prévoyez un sas de récupération sensorielle (obscurité, silence, plaid lourd) avant de manger. C'est le sujet de l'article Après une journée de masking, pourquoi j'ai besoin de manger.

  • Se faire accompagner par des personnes qui connaissent l'autisme. Les recommandations de la HAS pour les adultes autistes insistent sur la santé somatique et les particularités sensorielles (HAS, 2017).


À essayer cette semaine

L'inventaire sensoriel. Listez cinq aliments que vous aimez vraiment, et à côté de chacun, ce qui vous plaît dans sa texture ou son goût (croquant, lisse, salé, tiède…). Pour un seul d'entre eux, cherchez un aliment proche qui partage cette qualité et qui vous nourrirait davantage, et goûtez-le une fois cette semaine, sans obligation de le finir.

Pour aller plus loin

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Questions fréquentes

Les adultes autistes ont-ils plus de risque de surpoids ?

Une grande étude américaine trouve un peu plus d'obésité chez les adultes autistes (34 % contre 27 %). La sensorialité, les routines, le stress et une perception parfois différente des signaux de faim font partie des explications possibles.


Pourquoi je mange toujours les mêmes aliments ?

Pour beaucoup de personnes autistes, des aliments prévisibles, toujours identiques, apportent de la sécurité sensorielle. Ce n'est pas un caprice. On peut garder ces aliments refuges et en ajouter de nouveaux, très progressivement.


Qu'est-ce que l'ARFID ?

C'est un trouble de l'alimentation évitante ou restrictive : on évite certains aliments à cause de leurs caractéristiques sensorielles, d'une peur ou d'un manque d'intérêt, au point que cela retentit sur la santé. Il est plus fréquent chez les personnes autistes. Il relève d'un accompagnement médical.


Peut-on perdre du poids en étant autiste ?

Oui, mais pas avec un régime strict, qui augmente le risque de troubles alimentaires. Mieux vaut s'appuyer sur des routines choisies, des repas pris au calme et des aliments refuges enrichis petit à petit, si possible avec un professionnel qui connaît l'autisme.



Références

Li Y.-J. et al. (2020). Prevalence of obesity in individuals with ADHD and ASD: meta-analysis. Obesity Reviews. doi.org/10.1111/obr.13123

Croen L. A. et al. (2015). The health status of adults on the autism spectrum. Autism, 19(7). pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25911091

Westwood H., Tchanturia K. (2017). Autism spectrum disorder in anorexia nervosa: an updated literature review. Current Psychiatry Reports, 19. doi.org/10.1007/s11920-017-0791-9

Sader M. et al. (2025). Prevalence of ARFID in autism and of autism in ARFID: meta-analysis. International Journal of Eating Disorders. doi.org/10.1002/eat.24369

Revue de portée sur l'alimentation des femmes autistes (2022). European Eating Disorders Review. doi.org/10.1002/erv.2932

Characterizing Interoceptive Differences in Autism: A Systematic Review and Meta-analysis of Case-control Studies (2023). Journal of Autism and Developmental Disorders, 53(3), 947-962. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35819587

Westwood H., Mandy W., Brewer R. (2025). Interoception and atypical eating in autistic and non-autistic adults. Journal of Autism and Developmental Disorders. doi.org/10.1007/s10803-024-06708-5

HAS (2017-2018). Trouble du spectre de l'autisme : interventions et parcours de vie de l'adulte. has-sante.fr


À propos de l'autrice

Élodie Alphazen est praticienne en hypnose ericksonienne et en thérapies brèves, et ancienne enseignante. Depuis plusieurs années, elle accompagne les personnes qui veulent changer leurs automatismes, apaiser leur stress ou transformer leur rapport à la nourriture, aujourd'hui surtout à travers des audios et des parcours en ligne. Elle s'appuie aussi sur la thérapie ACT et sur la théorie polyvagale. Ses articles reposent sur des sources scientifiques citées, et ses accompagnements complètent un suivi médical sans jamais le remplacer. Elle est l'autrice du livre Maigrir sans recommencer lundi (parution en janvier 2027). Elle accompagne aussi des adultes autistes et TDAH, avec des approches pensées pour leur fonctionnement.

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